31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 07:56

Troisième et dernière partie de mon reportage sur la création de ma première BD sortie cet été dans le recueil Disquette (éditions Dupuis). Voici d'ailleurs les liens vers la première et la seconde partie.

 

- PARTIE 3 : FINALISER LA PLANCHE -

 

 

Étape 1 : la typographie

 

Dans la série "rien n'est anodin" passons aux lettres qui composent le texte. Il m'est rapidement paru évident que je ne voulais pas utiliser une police de caractère standard pour écrire dans les bulles. Comme ces typos qu'on voit dans les traductions de Comics ou de Manga (je ne blame pas les traducteurs non plus). Il y a également de nombreux auteurs francophones qui utilisent ces polices pour faire simple et rapide. Mais moi en tant que lecteur ça me dérange si la typographie n'est pas "réaliste", si l'on sent la machine. Je n'aime pas quand deux lettres qui se suivent sont exactement pareilles. Un détail pour certains, mais voilà, la typographie est une discipline qui m'a toujours intéressé et quitte à faire une première BD, autant la faire à fond.

 

Il y a donc deux options : écrire chaque texte à la main (c'est bien mais c'est très long), ou créer une police de caractère perso et l'importer dans l'ordi. Loïc Mathonet, le dessinateur de #Lulu n'est pas un fondu de typo, je m'y collait donc. Faute de temps, j'ai choisi de créer d'une typo sur ordi. Il existe différentes offres gratuites pour faire ce type d'opérations, j'ai fini par choisir le site MyScriptFont.com, qui est simple d'accès et dont le résultat n'est pas si mal. On télécharge sur le site un template, on le remplit avec ses lettres déssinées et on récupère ensuite un fichier. Le seul défaut c'est que les bords sont un peu adoucis, on perd le côté net de certains angles. Pour une offre gratuite, c'est quand même déjà bien.

 

Making #Lulu - Partie 3

Vous remarquerez que j'ai seulement rempli certaines cases réservées auxc majuscules : c'est pour anticiper les répétitions de consonnes (tt, ss, nn, etc) : pour éviter que deux lettres qui se suivent soient identiques.

 

Enfin, en relisant Gaston Lagaffe j'avais remarqué que Franquin utilisait une typo spéciale lorsque les persnonages crient. Et moi je fais tout comme lui, alors je me suis fait une deuxième typo. Faut dire aussi que ça m'amuse beaucoup ce genre de choses alors je me suis fait plaiz.

 

Making #Lulu - Partie 3

Et ça n'est pas tout de fabriquer les lettres, il faut aussi décider de la mise en page des textes dans les bulles : taille, espacement entre les lettres, espaces interlignes, etc. Je vous l'ai déjà dit : RIEN n'est laissé au hasard. Voici un extrait de la petite notice d'utilisation de la typo LULU.

 

Making #Lulu - Partie 3

Étape 2 : la colorisation

 

C'est à ce moment qu'intervient Elvire De Cock (retrouvez tous ses travaux ici), une coloriste que m'ont présenté les équipes de Dupuis. Pour les personnages on avait déjà arrêté les couleurs des cheveux et des fringues. Pour ça il y a deux critères importants : la cohérence par rapport à la personnalité chacun et l'équilibre global entre tous les perso.

 

Il faut d'abord que les couleurs de chaque perso soit en accord avec ce qu'il dégage individuellement : si le personnage est timide (comme Lulu) il ne sera sûrement pas vêtu de couleurs vives, tandis que le violet est lui plutôt conseillé pour les personnalités complexes (comme celle d'Alice). Si vous vous intéressez au sujet il y a de très nombreux ouvrages sur la symbolique des couleurs dans les différentes cultures (on peut aussi en apprendre beaucoup sur le sujet en s'intéressant à la signification des drapeaux, bref je m'éloigne du sujet).

 

La cohérence globale est importante. Si tout le monde est en jaune où en bleu il y a problème. C'est ce que je me tue à expliquer à Peyo (le créateur des Schtroumpfs) mais il ne m'a jamais écouté. Bon là c'est un peu cliché je l'avoue, j'ai choisi d'avoir un châtain, un blond et une brune ; l'un habillé en bleu (couleur froide, introvertie et réfléchie), l'un en rouge (couleur chaude, extravertie et passionnée) et l'autre en violet (couleur intermédiaire et "dangereuse").

 

Voici les trois phases d'évolution des couleurs : d'abord mes recherches aux crayons, ensuite la version de Loïc avec ses ajustements, et enfin la version définitive par Elvire. Par ordre croissant de talent on va dire.

 

 

Making #Lulu - Partie 3

Vous remarquerez que Lulu a changé de t-shirt entre la première et la deuxième version. On voulait éviter qu'il ne ressemble trop à Samy de Scoubidou (on est jamais trop prudents, eh eh).

 

Pour tout le reste dela planche : décors, accessoires, personnages secondaires... on a laissé Elvire faire des propositions en suivant une sorte de charte graphique globale. Je lui avait préparé une note d'intention (voire un extrait juste en dessous) et au final tous ses choix ont été pertinents : je suis très content de la façon dont elle s'est approprié l'univers de #Lulu tout en y mettant sa griffe. Le résultat est vraiment très beau, en témoigne cet autre extrait avec la lumière qui sort de la chambre dans le couloir. Croyez moi ce n'est pas facile de gérer la lumière, demandez à Rembrandt.

Making #Lulu - Partie 3
Making #Lulu - Partie 3

Et voilà donc une planche finalisée, après de nombreuses heures de travail et de réflexion. Comme je vous le disais en préambule de ce reportage : bien que renseigné sur la question je ne m'attendais pas à autant de points à régler, autant d'aspects différents à prendre en compte.

 

Au final j'en retire un excellent souvenir, c'était passionnant de construire tout ça. C'était beaucoup de boulot mais je suis fier du résultat et je crois savoir que mes collègues aussi. Bien sûr il y a plein de choses que je voudrais amélorier maintenant que c'est publié, mais cela ne sert à rien de griller les étapes. Chaque chose à un début ; on ne devient pas Goscinny en 6 mois. D'ailleurs on ne devient pas Goscinny du tout - à moins d'être de porter ce nom de famille.

En tout cas j'espère avoir l'occasion de prolonger les aventures de #Lulu, surtout avec un trinôme d'enfer comme celui que nous avons créer pour ces trois premières planches ! Et la prochaine fois je m'y prendrais bien à l'avance !

 

Si vous vous intéressez à la création de bandes-dessinées et que vous souhaitez lire des gens qui s'y connaissent vraiment et pas un tocard débutant, je vous recommande chaleureusement les deux ouvrages suivants :

- Lewis Trondheim & Sergio Garcia, Bande dessinée : apprendre et comprendre.

- Philippe Vandooren, Fransuin / Jijé - Comment on devient créateur de bandes dessinées.

 

N'hésitez pas à me laisser vos impression dans les commentaires de ce blog, j'essaie de les lire régulièrement.

A bientôt !

 

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Publié par PV NOVA - dans Coulisses
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28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 10:05

Suite de nos aventures pour apprendre à lire entre les cases. Pour lire la première partie cliquez ici.

 

- PARTIE DEUX : FABRIQUER UNE PLANCHE -

 

 

Étape 1 : trouver le gag

 

Première chose et pas des moindres, il faut une idée. Et ça n'est pas tout d'avoir une bonne idée de gag, il faut avoir une idée adaptée (ou adaptable) au format qu'est la bande-dessinée.

 

Je suis habitué à écrire de courtes vidéos rythmée, et je pense avoir une certaine sensibilité graphique... mais bon sang qu'est-ce que c'est dur de scénariser une BD ! Pour écrire une planche il faut savoir raconter une histoire, avoir des gags en stock, savoir gérer le rythme et penser en même temps à ce que le tout soit visuel... J'ai trouvé ça beaucoup plus exigeant que ce que j'imaginais, d'autant que je suis fan de BD. Alors quand vos héros s'appellent Gotlib, Franquin ou Goscinny la comparaison peut être terrifiante. Mais on ne peut assurément pas sortir un chef-d'oeuvre dés son premier essai donc je me suis rapidement fait une raison : si je donne le meilleur c'est déjà pas mal, au moins je n'aurais pas de regrets !

 

Il faut déjà trouver le gag dans l'ensemble (comment aller d'un point A à un point B), puis élaborer toutes les subtilités intermédaires, les rebondissements et autres blagues. Il faut établir la façon d'agencer le tout et écrire le contenu des phylactères (les fameuses bulles).

 

Il faut savoir être synthétique, se passer du verbe quand le mouvement ou l'expression du visage suffit.

 

 

Étape 2 : scripter la planche

La première étape consiste donc à écrire un script de la planche. J'ai choisi de réaliser un script en deux parties : une partie texte et une partie dessinée. Le script est le document de travail partagé entre l'auteur et le dessinateur. On y retrouve
le découpage entre les scène, les dialogues, la description des décors et des notes d'intentions globales.

 

Plus on donne de détails, plus le travail du dessinateur est facilité, évidemment. Dans certains cas, je faisais également des petits dossiers complémentaires pour Loïc. Du travail de recherche pour la décoration, le look de certains personnages. Encore une fois, rien n'est laissé au hasard dans une BD : s'il y a un meuble, quel type de meuble dessiner ? Quelles photos mettre dans les cadres ? Quels vêtements accrocher au porte-manteau ? Et pour toutes ces choses là, dieu a inventé Google Image.

 

Voici un extrait du script de la planche #LE MUR

 

Le script

Le script

Comme je vous le disais la deuxième partie du script était un dessin global et simpliste de la planche, pour aider à la compréhension de la partie écrite. Voilà donc ce à quoi ressemblaient nos documents de travail (oui je dessine hyper bien je sais).

 

Le découpage de la scène

Le découpage de la scène

Étape 3 : le crayonné

 

Quand le dessinateur a reçu ces deux documents il peut enfin aller au charbon. À partir de ce moment le rôle de l'auteur devient essentiellement un rôle de consultant. On est là pour aiguiller le dessinateur, répondre à ses questions et lui faire des blagues pour pas qu'il ne déprime à passer des heures et des heures sur chaque case... car c'est extrêmement long de dessiner, plus encore que ce que vous pensez. J'ai toujours eu un grand respect pour les dessinateurs et cette aventure m'a conforté dans ce respect.

On commence par une première passe au crayon. C'est pour cela qu'on appelle la première version de la planche le crayonné. D'ailleurs on continue d'emploier ce terme, mais de nos jours la plupart des dessinateurs travaillent sur ordi avec une tablette graphique.
 

La version crayonnée

La version crayonnée

Étape 4 : l'encrage

 

Une fois le crayonné validé, on passe à la dernière étape de dessin : l'encrage. Ça porte assez bien son nom. On trace les traits définitifs sur la précédente version, pour rendre le travail plus propre, effacer les approximations. La technique traditionnelle consiste à utiliser de l'encre de chine et des porte-plumes. Pour des questions essentiellement pratiques (faute de temps) nous avons bosser sur ordi, mais le résultat reste à mon sens très artisanal et très humain.

 

On ne "sent" pas la "machine" dans le trait de Loïc comme on peut la sentir parfois chez certains dessinateurs. 

 

La version encrée

La version encrée

Une fois la planche encrée, elle peut-être envoyée à la colorisation. Et justement dans la troisième et dernière partie de ce reportage je vous parlerai de tout le travail sur la couleur et la typographie.

 

A très vite !

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Publié par PV NOVA - dans Coulisses
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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 07:00

Joie juvénile et rêve de gosse : je viens de publier quelques planches de BD chez Dupuis dans le recueil Disquette, actuellement disponible dans toutes les bonnes crémeries.

 

Joie sans retenue et non dissimulée

Joie sans retenue et non dissimulée

Ma toute première bande-dessinée s'appelle #LULU, elle a été dessinée par Loïc Mathonnet et colorisée par Elvire de Cock, avec l'aide et les conseils des équipes de Dupuis. Vous trouverez dans le premier numéro de Disquettes trois planches et autant de gags désolpilants avec Lulu, batteur de 17 ans, ses amis Camille (le guitariste, qui me ressemble comme deux gouttes d'eau) et Alice (la bassiste chanteuse).

 

Trois petites planches et des mois de travail en équipe. Je savais que ça ne serait pas si simpler de scénariser une bande dessinée, mais je ne m'attendais pas à autant de travail... J'ai vécu une aventure passionnante que je voudrais vous raconter ici. Il y a tellement de choses à dire que j'ai décider de chapitrer tout ça, en espérant que les coulisses de la BD vous intéresseront. Alors c'est parti !

Making #Lulu - Partie 1

- PARTIE UNE : la génèse du projet et la création de l'univers -

 

 

Étape 1 : Naissance d'une équipe

 

C'est en septembre 2014 que j'ai entendu parlé du projet Disquette, qui constitait donc à confier l'écriture de plusieurs planches de BD à des auteurs venus du web. Dés que j'en ai entendu parlé j'ai voulu en être. Depuis ma plus tendre enfance, j'ai toujours adoré la bande-dessinée. J'ai grandi avec et je n'ai jamais décroché depuis. Je continue d'ailleurs a acheté de nombreux albums chaque année, developpant avec le temps une admiration et une quasi-fascination pour le travail des auteurs et des dessinateurs que sont (dans l'ordre à peu près chronologique de nos rencontre) : Hergé, Peyo, Morris, Franquin, Goscinny, Tome & Janry, Gotlib, Edika, Maester, F'Murrr, Jodorowski & Moebius, Manu Larcenet, Lewis Trondheim, Riad Sattouf ou encore Boulet (j'ai souligné mes trois préférés, les génies ultimes de la BD).

 

Après avoir recontré les équipe de Dupuis, et séduit par ce projet qui me donnait un cadre pour réaliser l'un de rêves, je me lançais dans une double quête : trouver un dessinateur et surtout trouver une bonne idée !

 

Mes recherches pour un dessinateur m'ont amenées à croiser la route de Loïc Mathonet, allias Lodji, jeune dessinateur belge recommandé par Boriau, l'auteur de Harlem sur la Route du Diable. C'est ainsi que je me suis retrouvé à écrire une nouvelle page de la grande aventure de la BD Franco-Belge. Nous sommes encore bien loin de nos illustres prédécesseurs, il faut le reconnaître, mais je trouvais ça amusant voire motivant !

 

 

Étape 2 : Créer un univers

 

Je ne voulais pas axer la BD autour de moi. Je voulais créer plusieurs personnages forts auxquels les jeunes et les moins jeunes pourraient d'identifier. J'en suis rapidement venu à m'interesser à des lycéens, un âge "entre-deux" avec des problématiques liées à l'amitié, la famille, les études, les amours et les passions. Naturellement j'ai voulu parler d'une bande de potes musiciens. La vie d'un groupe de musique fourmille d'anecdotes loufoques et j'ai l'impression que c'est un thème sous-exploité en bande-dessinée.

 

Il m'a fallu donc commencer par rédiger une "bible des personnages" avec leurs noms, leurs traits de caractères, leurs liens et leurs histoires. Une des parties du travail les plus intéressantes. On part du néant pour donner naissance à tout un petit monde avec pour chaque personnage ses qualités, ses défauts et ses enjeux. Il faut que le tout soit équilibré et surtout intéressant pour les lecteurs. J'imaginais donc Lulu, ses potes et ses familles, en m'inspirant de plein de gens que j'avais rencontré jusqu'alors, et un peu de moi (quand même).

 

Voici d'abord un extrait de la présentation de Lulu par lui-même.

Making #Lulu - Partie 1

Et un extrait des fiches personnages, un peu plus factuelles.

Making #Lulu - Partie 1

Vous remarquerez que ces documents, en plus de décrire les personnages, me permettent de travailler sur les éléments de langages de la BD et la façon de raconter les histoire.

 

Il est nécessaire d'élaborer des personnalités complexes et riches pour développer les histoires, mais il m'a semblé utile de dégager des tendances fortes et distinctes pour chacun. En seulement quelques planches il est difficile de comprendre la mécanique propre à chaque perso, donc je voulais qu'on puisse les "résumer" rapidement. Ça donne quelque chose commme :

 

- Lulu : sensible et attachant

- Camille : drôle et provoquant

- Alice : déterminée et indépendante

 

Petite parenthèse : je voulais avoir une touche de féminité dans le trio principal mais hors de question de tomber dans les archétypes des représentations féminines. Si bien que mon personnage féminin est peut-être le plus "couillu" de la bande ! Les rageux vont rager.

 

 

Étape 3 : Dessiner les personnages

 

Avant de commencer à crayonné des petits personnages, j'ai longtemps discuté avec Loïc de la façon de le représenter, du style de dessin qui correspondait le plus à nos attentes respectives. Loïc me proposait plusieurs croquis avec des variations stylistiques pour les personnages principaux et nous nous mettions rapidement d'accord sur la direction à suivre. Je lui suggérait au passage des tenues et accessoires pour chacun des personnages, car rien n'est laissé au hasard.

Making #Lulu - Partie 1
Making #Lulu - Partie 1Making #Lulu - Partie 1
Making #Lulu - Partie 1

Jolie boucle de ceinture n'est-ce pas ? Au final le personnage le plus difficile à représenter fut Alice, peut-être pour les raisons que j'évoquais tout à l'heure. Et croyez le ou non mais pour sa coupe de cheveux on est allés piocher du côté de Miley Cyrus et Rihanna. Ça c'est de la référence !

 

Quoi qu'il en soit une fois qu'on avait tout ça on a pu s'atteler à rentrer dans le dur à savoir le contenu des planches. Je vous raconterais tout ça dans la deuxième partie de ce petit reportage.

 

A très vite !

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