10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 13:17

[UPDATE : merci à vous pour les nombreux commentaires et retours constructifs. Je vous invite à les lire et y réagir pour prolonger le débat]

 

Bonsoir les gens,

 

Suite à la sortie de ma nouvelle vidéo (en collaboration avec Electronic Arts) et quelques vives réactions des internautes, je voudrais ouvrir un espace de réflexion et de débat autour de la place des marques dans les contenus créatifs sur internet.

 

 

 

 

Mon objectif est simple : tenter de dresser un tableau du nouveau modèle économique en train de se mettre en place pour les artistes (en particulier les vidéastes) à l'air de Youtube et Facebook. C'est un sujet qui me tient à coeur puisque, vous le savez, je le vis de l'intérieur.

 

Bien souvent le débat est baclé, manichéen et donc improductif. Dans les commentaires on se contentera de quelques phrases choc pour descendre ou soutenir les artistes dans leur choix de collaborer avec des marques. Je vais essayer de débroussailler un peu tout ça et partager mes réflexions avec vous.

 

VIVRE DE SON ART

 

Nombreux sont ceux qui débarquent chaque jour sur la toile en proposant des contenus originaux espérant un jour transformer leur passion en métier, avec ce que cela implique en termes de revenus (montant et régularité de ceux-ci). Je ne parlerai pas ici des amateurs purs qui se contentent - sans jugement péjoratif - de produire des oeuvres dans leur temps libre.

Vous n'êtes pas sans savoir que le net a bouleversé les moyens de diffusion et de rémunération des oeuvres artistiques. Après une période de remous on assiste à l'émergence d'un modèle économique atomisé mais cohérent ; à l'ère du "gratuit financé par la publicité" voici un panorama succint des sources de revenus pour les "artistes 2.0".

 

Qu'est-ce que le "gratuit financé par la publicité" ?


C'est tout simplement le nom du modèle de Youtube et Deezer notamment, du point de vue des utilisateurs, les internautes qui regardent des vidéos et écoutent des chansons en ligne. L'accès aux oeuvres en ligne (en streaming) est gratuit mais il implique d'être exposé à de publicité : entre les titres sur Deezer, au début des vidéos sur Dailymotion ou Youtube par exemple. Les revenus publicitaires ont une double utilité :

1 - Financer les infrastructures et les employés des sites en question

2 - Générer des droits d'auteurs pour les artistes concernés

 

Ce modèle est un dérivé du fonctionnement de la télévision privée et s'oppose radicalement à celui du "payant à la demande", qui constiterait par exemple à faire payer à l'internaute quelques centimes d'euro le visionnage d'une vidéo sur le web.

Dans notre cas il existe donc quatres sources de revenus pour l'artiste : les droits d'auteur, les collectes de fonds, le mécénat et le sponsoring.

 

1) Les droits d'auteur

Mis en place depuis quelques années seulement, ils consistent au partage des revenus publicitaires générés par une vidéo (les fameuses publicités qui apparaissent avant ou pendant une vidéo sur Youtube ou Dailymotion).

Ils sont en évolutions mais ne constituent pas encore une source de revenus suffisante pour l'immense majorité des artistes du web.

Pour vous donner un ordre d'idée (c'est très simplifié car cela dépend vraiment des sites de diffusion et du type de contrat que l'artiste peut passer) 100 000 vues génèrent un revenu brut de 80/150€ qui après paiement des charges font un salaire net de 40/100€ pour l'artiste. Pour atteindre le SMIC à ce rythme là il faut dépasser le million de vues par mois. Je ne connais que Norman et Cyprien qui pourrait y prétendre... ce biais est à lui seul insuffisant à ce jour.

 

2) Les collectes de fonds

Lorsqu'un artiste dispose d'un auditoire conséquent, il peut financer ses projets sous forme de collecte de fonds.

C'est en quelque sorte le modèle que j'ai choisi pour la sortie de mon album, car celui-ci est de facto disponible gratuitement sur internet, mais chacun à la possibilité de laisser un don pour celui-ci.Je viens de faire une calcul par curiosité si l'on divise la somme que j'ai touché pour mon album par le nombre de téléchargement on obtient un "prix" moyen de... 2 centimes d'euros !
Pour un autre projet plus récent (un passage en studio prévu à la fin du mois) j'ai également réussi à lever 3000€ en pré-commande d'albums ou en soutien pur de la part des internautes. Cette somme n'a en revanche pas pour utilité de me verser un salaire, simplement de financer des investissements productif. On voit encore que ça ne suffit pas toujours pour vivre de son art, mais cela me semble une voie d'avenir.

 

3) Le mécénat

Le mécénat est le soutien d'un artiste par un tiers (une personne ou une société) sans aucune contre-partie. C'est, avouons le, assez-rare voire quasi inexistant pour la création de vidéos, mises part quelques bourses de soutien à la production (le fonds de soutien Dailymotion/Orange par exemple).

 

4) Le sponsoring

Par ce terme générique j'entends la "collaboration avec des marques commerciales sous toutes les formes possibles". C'est LE sujet qui fache. Pourquoi ? Parce que les internautes ont l'impression d'être pris pour des moutons à qui l'ont essaie de faire passer des messages commerciaux de façon mesquine et inassumée.

 

Depuis toujours les marques financent des artistes (à travers la publicité) et des contenus (à travers le placement de produit). Dans le "gratuit financé par la publicité" c'est doublement vrai. En ce qui concerne le cinéma et le clip musical le placement de produit est une source de financement hyper importante (ne croyez pas que logo de la voiture de James Bond ou le téléphone portable de Lady Gaga apparaissent en gros plan pour des raisons esthétiques).

 

On peut s'en féliciter ou le déplorer mais le constat est sans appel : les marques sont les seules entités à disposer d'une puissance financière suffisante pour donner aux artistes du web un vrai salaire, et non plus de "l'argent de poche". Le phénomène n'est plus anecdotique et tend à se généraliser, en témoigne les campagnes de Norman avec Crunch, Cyprien avec le CIC, et plus récemment les grandes campagnes d'Orangina ou Electronic Arts.

 

Le dilemme est parfois cruel pour les créateurs, comment collborer avec une  marque sans se corrompre artistiquement ?

 

LES MARQUES, INTERNET ET MOI

 

Je ne parelerai pas des autres créateurs sur le web, chacun est maître de son parcours et des raisons qui nous poussent à le suivre. J'ai fait le choix de travailler avec certaines marques, parce que je pense que c'est ça vivre avec son temps, et surtout parce que je suis persuadé que je peux le faire en gardant une maîtrise absolue de mes créations et dans le respect sans faille de mon auditoire.

 

J'en suis à un moment de ma carrière ou je peux difficilement produire "bénévolement" des contenus créatif à la fréquence et au niveau de qualité que j'exige et que vous attendez de moi. La préparation d'une Expérience demande environ une trentaine d'heures de travail et des milliers d'euros d'investissement en matériel audio et vidéo. Le choix du partenariat commercial est une solution qui me semble cohérente et avantageuse à condition de le faire dans de bonnes conditions.

 

Le "pur placement de produit" est une option qui ne m'intéresse pas, j'en fais déjà malgré moi en montrant à l'image des lunettes Rayban, des pantalons H&M, des guitares Fender, des claviers Moog etc... sans qu'aucune de ces marques ne financent mes vidéos, bien qu'elles profitent largement d'une publicité indirecte en étant valorisées dans mes vidéos.
En revanche j'ai déjà accepté - et je ne m'en suis jamais caché - des collaborations avec Orangina, Ubisoft et Electronic Arts. Pourquoi ? Déjà parce que ce sont des marques dont les valeurs ne sont pas en contradiction avec les miennes, et surtout parce que ces collaborations donnent lieu à de véritables échanges artistiques. Je refuse systématiquement de modifier mes textes et ma ligne éditoriale pour satisfaire ces entreprises.

 

 

 

 

Je peux comprendre que cela en choque certains. Pourtant j'assume l'intégralité de ce que je raconte dans les vidéos en question, car rien ne m'a été imposé au niveau rédactionnel. Vous ai-je vanté les mérites d'Orangina ou de Need for Speed ? Non, car ce n'est pas le propos, ce n'est pas mon propos. Si j'ai en revanche dit que le jeu Rocksmith est un bon jeu, c'est uniquement parce que je le pense et que j'y joue régulièrement. Je n'ai jamais vendu ma parole et cela ne m'intéresse pas. C'est pourtant ce que font nombres d'artistes dans des publicités classiques (Johnny pour des lunettes, Tsonga pour des barres chocolatées etc... les exemples sont légions).

 

Contrairement aux artistes mainstream, les artistes du web ont cette réputation d'indépendance qui semble a priori incompatible avec toute forme de sponsoring. Je pense que la raison principale est qu'internet est un media nouveau et s'il est apparu en opposition au modèle traditionnel - avec un certain culte de la gratuité - il est en train de se faire absorder dans le système. C'est (malheureusement?) le destin de la plupart des courants minoritaires qui réussissent.

 

CONSTRUIRE UN MODELE ARTISTIQUEMENT ET ECONOMIQUEMENT VIABLE

 

Nous sommes donc en train de vivre un tournant majeur dans le modèle économique de la création dédiée au web. Tout n'est pas à fustiger car on assiste à l'appartion de contenus créatifs de qualité sur le web, une qualité qui n'a plus grand chose à envier à la télévision, tout en conservant une grande souplesse de création et une liberté de ton qui a encore de beaux jours devant elle.

 

La donne est peut-être en train de changer avec l'apparition toute récente des "chaînes Youtube" qui se donnent les moyens de produire des vidéos et rémunérer les artistes à un niveau plus élevé que le partage des revenus publicitaires actuel. Ne soyons pas dupes, ce sont encore une fois les marques - via la publicité - qui financent indirectement ces oeuvres, mais on reste dans un modèle apparemment indépendant.

 

En ce qui me concerne je suis en perpétuel questionnement sur le sujet. En l'absence de revenus suffisants je ne peux pas débloquer assez de temps et de moyens techniques pour produire autant de vidéos que je le souhaiterais et serais contraint de freiner largement mon rythme de production de vidéos.

Je ne ferme pas la porte aux collaborations avec des marques, mais je fais attention à ce que ce ne soit jamais vain, jamais "gratuit" (un peu d'ironie ça fait pas de mal). Je réfléchi égalementà de nouveaux modèles collaboratifs, en faisant par exemple appel aux contributions des internautes pour financer mes projets. Quoiqu'il en soit je ferai tout pour préserver mon intégrité artistique et donner le meilleur de moi même dans mes créations.

 

J'espère que ces quelques réflexions ont fait un peu avancer le sujet, n'hésitez pas à laisser un commentaire pour donner votre avis sur ces nouveaux modèles, ce qui vous semble important pour la suite. Je serai attentif à vos remarques même si j'aurais certainement peu de temps pour y répondre !

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Publié par PV NOVA - dans Divers
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commentaires

Louis C. 12/03/2013 21:41



Robert Gros 30/12/2012 20:53

Si on collabore avec des grosses marques pour vivre de son art, c'est qu'il n'atteint pas, dans le public, la masse critique qui permettrait d'en vivre. Et ce n'est pas un problème de réseau, de
contacts. L'art réellement inspiré se propage comme un feu de brousse, et dans le paysage sinistré de notre époque, plus rapidement encore. Collaborer avec des grosses marques est une solution pour
des personnes souhaitant vivre une vie d'artiste, mais qui n'en ont pas le talent et/ou l'inspiration véritables.

Laure 09/12/2012 13:08


Je suis très naïve et je croie en tout ce que je voie, du coup, j'avais même pas fais le rapprochement avec tes vidéo et la pub que tu fais aux produits! au contraire, je me disait que tu
avais du payer "des droits d'auteur" pour en parler! alors soit je suis un peu bête(ce qui n'est pas impossible), soit je suis trop habituer à ce genre de choses pour me rendre compte de ce qui
ce passe, soit tu a tourné tes vidéo de manière à ce que ce ne soit pas trop flagrant. En tout cas, je trouve ça tout a fait normal de chercher a avoir des revenues, et tant que ça n'empiète pas
sur la qualité des vidéo, je pense qu'on à pas à se plaindre. 


Merci pour cet article qui ma enfin expliquer comment vous faites pour toucher un "salaire" suffisant au montage de vos vidéos.

Celene Vaz 08/12/2012 15:16


Bien évidemment!! Personne ne peut
faire comme l'oiseau dont la vie est d'air pur et d'eau fraîche...n'en déplaise à M. Fugain.^^

Hugo 30/11/2012 14:36


@PV Nova -- As tu essaye KissKissBankBank, pateforme collaborative permettant a des porteurs de projets de collecter des fonds ? C est assez efficace il parait!

Bienvenue chez moi

Mettez vous à l'aise, enfilez vos chaussons.
Ici vous en apprendrez un peu plus sur moi, sur le Comité des Reprises et sur ma troupe Les Franglaises

Pour toute proposition pro ou question : pvnovamusic (a) gmail . com

La réponse à votre question se trouve peut-être déjà dans la FAQ#1 https://youtu.be/hVeX07wji78 ou la FAQ#2 : https://www.youtube.com/watch?v=g1xHL1MT_sA

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